Le lundi 5 janvier 2026, cela faisait dix ans que Pierre Boulez était parti. Une décade, un monde entier pour nos plus jeunes, tout juste un paragraphe pour nos plus anciens. Un espace temps où l’héritage Boulézien à eu le loisir de s’ancrer de plus en plus dans ma mémoire, mais aussi dans ma pratique musicale. Je ne suis probablement pas le seul concerné.
Alors, quand est arrivé l’année 2025, le centenaire de sa naissance, il y a eu pas mal d’excitation, et une bonne dose de bonheur face à tous ces concerts, ces livres, ces conférences, expositions, reportages, etc…
Puis l’année s’est achevée et hasard du calendrier, les dix ans de sa mort tombèrent quelques jours après. Dans la foulée du centenaire, j’ai souhaité écrire une petite œuvre, rapidement, pour manifester une gratitude vis-à-vis de la musique léguée, sans chercher à la profondeur, mais plutôt à laisser advenir tels ou tels échos que suscitaient en moi les souvenirs musicaux et artistiques associés à Boulez.
En l’occurrence quand je pense à lui (à sa musique plutôt), j’entends généralement des couleurs chatoyantes, allant jusqu’à la dureté, voir la violence, et une certaine volonté de luxuriance mais dans le contrôle absolu, ou, à tout le moins, en cherchant à donner du corps, et de la substance, aux milles et uns produits de l’imagination.
Il a ainsi maintes fois exprimé son horreur de l’effet par trop démonstratif, ou du manque de rigueur en général. Cela allait de pair avec un dégoût de la sécheresse académique.
Si l’on prend ses douze notations de jeunesse, on y voit un mélange de poésie sonore, que je qualifierais de fantastique, au sens littéraire, et d’humour ironique distant, les deux étant souvent compressés ensemble dans des passages musicaux d’une certaine sauvagerie.
Ayant peu de temps, mon hommage allait nécessairement être aussi court que ces miniatures de jeunesse vieilles de près de 81 ans ou plus.
Mais il s’avère plus tonale, plus traditionnel, et plus atmosphérique. On ne se refait pas, et je ne voulais pas de servilité ou de mimétisme paresseux.
La première séquence, sans pédale, pour éviter le brouillard, est une mélodie en rythmes de croches de triolet assez obstinées, quelques sauts d’octaves et des altérations judicieusement choisies viennent casser l’effet de ressassement des trois mêmes notes. C’est une sorte de portique étrange, et un peu blême.
Puis par deux fois, de plus en plus fort, le même impact dans le grave, tout juste un motif mélodique en rythme chaloupé, à deux voix ramassées et dissonantes, et une échappée harmonique vers l’aiguë, ralentie, et noyée de pédale, en avec des couleurs tantôt « romantiques », tantôt plus « impressionnistes ». Les nuances y jouent un rôle crucial. Il faut du relief, autant que de la continuité.
La dernière séquence pose ses couleurs de manière plus tonale, mais quelques cassures rendent assez directement hommage à Boulez, ainsi qu’une brève citation de son nom, finissant sur un long trille.
La pédale sert à faire vibrer tout cela, avant d’être couper brusquement sur la dernière résonance, un demi-ton légèrement scintillant, mais très lointain.
Le tout a un caractère d’improvisation. Mais pas trop suave, si possible.



